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Ali Rastbeen : La géostratégie chinoise autour des Nouvelles Routes de la soie

Ali Rastbeen

président de l’Académie Géopolitique de Paris

Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi de vous remercier de votre présence à notre colloque ; je tiens à remercier particulièrement l’ensemble des intervenants, chercheurs de renom, spécialistes, personnalités et diplomates, qui ont accepté d’apporter leur éclairage sur le thème « Chine : réussir une coopération gagnant-gagnant ».
Je profite de cette occasion pour remercier également les parlementaires du Groupe d’amitié France-Chine, ainsi que son excellence l’ambassadrice du Ghana, son excellence l’ambassadeur du Liban, les membres des corps diplomatiques d’Algérie, d’Irak, du Maroc, du Pakistan, de Suède et du Vietnam.

La géostratégie chinoise autour du projet une Ceinture, une Route

L’histoire ancienne de la Chine reflète un sentiment de méfiance depuis longtemps envers les étrangers.
Les stratèges chinois disent que le temps est venu pour la géo-économie d’entrer dans les problèmes géo-stratégiques.
La demande chinoise pour le pétrole étranger et la nécessité d’une route de transport d’énergie sécurisée ont poussé la Chine à adopter une stratégie consacrée au développement et à l’expansion des infrastructures telles que la construction de passerelles, le soutien des installations militaires, l’amélioration des installations de transport et plus encore. L’initiative « Nouvelle Route de la soie » permettra à la Chine d’être au sommet de la route du commerce mondial et de faciliter ses relations avec l’Europe, le partenaire commercial le plus important.

La stratégie de Pékin est un élément clé pour établir son ordre international et équilibrer la balance face à la suprématie de l’Amérique. Cette initiative palliera la vulnérabilité stratégique pour le commerce et la sécurité énergétique de la Chine. Elle permettra d’assurer et d’améliorer ses voies d’approvisionnement en pétrole en provenance du Moyen-Orient, d’Afrique et de Russie.

L’initiative offre des dimensions économiques et stratégiques aux développements de la guerre civile yéménite, alors que la Nouvelle Route de la soie traverse la mer Rouge par le détroit de Bab-el-Mandeb, qui dépend du Yémen. C’est l’importance de la proximité du Yémen avec la corne de l’Afrique, considérée comme une empreinte économique conséquente de Pékin, qui fait que sa position dans le port d’Aden devient un lieu stratégique d’accès au canal de Suez.

L’influence croissante de la Chine s’étend de la mer de Chine méridionale à l’océan Indien, puis au golfe Persique, et peut faire face aux Etats-Unis par un défi régional, en leur reprenant le monopole du transport énergétique. Cela pourrait être une occasion pour les Etats-Unis d’utiliser la marine chinoise pour assurer la sécurité de la région.

Au cours des dernières années, la Chine a envoyé quatre flottes au Moyen-Orient pour lutter contre la piraterie et accompagner les flottes américaines, européennes, indiennes et russes.

Les relations entre la Chine et les Etats-Unis peuvent être considérées comme les relations les plus complexes et les plus controversées et, parfois, très contradictoires.

Depuis le début des années 1970, les relations sino-américaines paraissaient fondées sur une coopération stratégique. A l’époque, la Chine était considérée comme un pays pauvre et arriéré ainsi qu’une base communiste, mais elle avait une forte valeur stratégique pour affronter les Soviétiques. Les Etats-Unis, du point de vue de la Chine, étaient la seule option pour équilibrer la menace soviétique. Avec la fin de la Guerre froide et la chute de l’Union soviétique, les fondements de la coopération stratégique entre les deux pays se sont effondrés. En transformant le modèle d’engagement avec les Etats-Unis, de la « concurrence à la coopération », les Chinois ont réduit leur pression sur les démarches américaines pour promouvoir le développement.

La crise nord-coréenne a clairement mis en perspective pour les Etats-Unis la nécessité de nouvelles relations constructives avec la Chine, visant la lutte contre le terrorisme et la résolution de la crise nucléaire nord-coréenne.
Mais des différends profonds existent entre les deux pays autour de Taïwan et des droits de l’homme.

Les relations de la Chine avec les pays du Moyen-Orient sont amicales et partagent des visions similaires sur de nombreuses questions régionales et internationales comme la paix, le développement, la démocratie et les droits de l’homme.

La sécurité du golfe Persique impacte directement le transport d’énergie vers la Chine. La présence de l’armée américaine dans la région est agréable à la Chine. En même temps, celle-ci exige la présence de sa propre flotte militaire dans la région pour montrer son équilibre avec les Etats-Unis, une exigence à laquelle les Etats-Unis ne s’opposent pas explicitement.

Les principaux objectifs de Washington au Moyen-Orient suivent deux axes :

1) maîtriser les ressources pétrolières et leurs artères d’acheminement ;

2) maintenir la sécurité d’Israël et sa supériorité militaire par rapport aux voisins, et l’accès des biens et services américains au marché régional.

Pékin cherche à réduire sa dépendance à l’égard des Etats-Unis en investissant dans la construction du port de Gwadar au Pakistan, qui relie les régions chinoises aux marchés mondiaux, et à créer un centre économique spécial dans la région du golfe Persique en vue d’une exploitation militaire.

Les relations entre l’Iran et la Chine ne sont pas bilatérales mais triangulaires, car les Etats-Unis ont une influence décisive en tant que troisième acteur.

Au lendemain de la révolution islamique, l’Iran, sous pression croissante des Etats-Unis, a progressivement développé ses relations avec la Chine. D’ailleurs, la Chine est aujourd’hui l’un des principaux obstacles à l’Occident pour imposer des sanctions et de nouvelles pressions sur Téhéran.

La Chine et la Russie sont en fait des pôles d’ouverture de l’Iran sur le monde extérieur. Les entreprises chinoises participent activement en Iran, non seulement au commerce des produits manufacturés, mais aussi aux investissements réciproques dans le pétrole et le gaz.

Certains affirment que la Chine montre son mécontentement du soutien des Etats-Unis à la question de Taïwan en collaborant avec le programme nucléaire iranien.
La Chine a soutenu politiquement Israël durant près de quatre décennies. Ses relations avec Israël visaient l’acquisition de technologies de pointe dans divers domaines, en particulier militaire. Tel Aviv a également collaboré avec Pékin dans le domaine militaire durant plus de vingt ans (environ dix ans avant l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays).

Du point de vue de Pékin, Tel Aviv est un bon partenaire pour le transfert de la technologie militaire occidentale, en particulier dans les transports aériens et les missiles. Le transfert de technologie, d’ingénieurs, de chasseurs-bombardiers, les satellites de communication et d’espionnage, les instruments d’optique et les refroidisseurs nécessaires à la technologie des missiles et l’énergie solaire, sont des besoins croissants que la Chine ne peut obtenir que d’Israël. Israël a également mis en œuvre la construction d’îles artificielles, l’approvisionnement en eau, la production d’énergie propre, le développement agricole dans diverses régions de la Chine qui, en particulier dans les Etats musulmans, jouit d’une position très active et influente.
Les Etats-Unis ont toujours été préoccupés par le fait qu’Israël transfère sa technologie militaire avancée vers la Chine, qui transfère à son tour ses technologies de pointe vers les pays soit-disant interdits de l’Axe du mal.

En conclusion, la Chine, pour assurer sa sécurité militaire régionale, poursuit les objectifs de sécurité collective à travers les institutions internationales, par la coopération et l’interdépendance économique. Cependant, la principale préoccupation du pays demeure la préservation de l’intégrité territoriale et l’opposition à la présence hégémonique des Etats-Unis dans la région.
A l’heure actuelle, le problème nucléaire iranien est l’un des tests les plus importants engageant la politique étrangère chinoise. La République islamique d’Iran, les pays du Moyen-Orient, les grandes puissances, et surtout les Etats-Unis, sont particulièrement sensibles à cette politique chinoise, et la Chine, consciente de ces sensibilités, cherche à obtenir des concessions des parties et à gérer avec justesse en même temps la crise avec l’Occident, tout en maintenant sa place face au problème nucléaire de l’Iran.

Aujourd’hui la diplomatie chinoise s’attache à développer des relations de plus en plus nourries avec l’extérieur, telles qu’avec l’Afrique, l’Amérique latine et le Moyen-Orient. Elle y trouve une part croissante du pétrole, des matières premières, du bois et des produits agricoles dont son économie a besoin.

Mais cet activisme diplomatique n’est pas uniquement commercial, il est aussi politique et stratégique : il est destiné à consolider le statut de très grande puissance de la Chine ainsi que son image de seul pays capable de véritablement rééquilibrer, sur tous les plans, y compris idéologique et culturel, la domination américaine.

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